Article paru dans le journal "Le Bien Public".

21.05.2003
LE DERNIER ACTE DES COPIAUX ?
La maison de J. Copeau est à vendre à Pernand


La maison Copeau à Pernand-Vergelesses, un lieu mythique


« Je suis obligée de vendre. » Catherine Dasté, petite-fille de Jacques Copeau, est on ne peut plus claire : d'ici la fin de l'année, la maison de Pernand de son célèbre aïeul, inventeur du « nouveau théâtre », passera dans d'autres mains. Lesquelles ? Là est la question.


EN 1924. Désireux de se ressourcer loin de Paris, Jacques Copeau, qui venait de fermer le Vieux-Colombier, transfère en Bourgogne, au château de Morteuil, son école. Faute d'argent, elle fermera aussi. Mais les Copiaus - ainsi baptisés par les vignerons - fidèles à l'esprit du Vieux-Colombier, continueront à donner des spectacles dans la région et tisseront des liens avec la population.
Copeau acquiert alors une maison à Pernand-Vergelesses. Les Copiaus l'y suivent et rencontrent un vif succès, préfigurant la décentralisation théâtrale. Jusqu'en 1929, Copeau présente à Pernand, dans le jardin, dans une des cuveries du village, et ailleurs, plusieurs spectacles, dont l'Illusion comique de Corneille. Puis, en 1929, on l'appelle pour diriger la Comédie-Française. L'expérience passée, il revient, sans ses comédiens, à Pernand. C'est là, notamment, qu'il écrit, traduit Shakespeare, entretient une correspondance quotidienne avec ses amis : Igor Stravinski, André Gide, Roger Martin du Gard.
Son gendre, Jean Dasté, « ce nouveau fils que Dieu m'a donné », écrira Jacques Copeau, prend la relève. Puis, en 1992, c'est la fille de ce dernier, Catherine Dasté, qui, après avoir dirigé plusieurs théâtres, décide de revenir sur le lieu de son enfance.
Une atmosphère très favorable
« Lieu propice aux rencontres et échanges, la maison n'a cessé d'être visitée par des amis, écrivains, comédiens, étudiants du monde entier, tout particulièrement par des chercheurs universitaires », explique Catherine Dasté. Depuis 1979, elle accueille en outre régulièrement artistes et étudiants de toute nationalité, à l'occasion de stages, d'ateliers expérimentaux ou de créations théâtrales. Une démarche un peu occultée par les Rencontres Jacques Copeau, initiées par cette même Catherine Dasté en 1989.
Nul doute, « cette maison secrète une atmosphère très favorable à la transmission de ce que Jacques Copeau nous a laissé de plus vif : son intrépidité, son implacable exigence, sa quête passionnée de l'art du théâtre », souligne ainsi Catherine Dasté, qui a néanmoins décidé de passer la main.
Un héritage artistique et théâtral
« Je n'ai plus les moyens d'entretenir cette maison », explique sans détour Catherine Dasté, qui a même dû vendre récemment deux commodes pour éponger des dettes. « Et puis après dix ans d'un travail intense, j'ai envie de faire autre chose. Écrire, jouer, partir sur les routes, un peu comme le faisait mon père, Jean Dasté. »
Son annonce, en février dernier, a fait grand bruit dans la communauté théâtrale française qui s'est mobilisée. Mais à ce jour aucun projet n'a abouti. Pas question en effet pour Catherine Dasté de faire n'importe quoi. Plus que tout autre elle sait qu'elle n'a pas hérité seulement d'une maison mais d'un lieu « où souffle l'esprit. » « Je préfère vendre moins cher, mais que la maison continue à être un lieu de théâtre. Quoi qu'il en soit, avant la fin de l'année se sera vendu. »
Une piste
Plusieurs pistes ont été explorées jusqu'à ce jour, mais aucune n'a abouti. Cependant, récemment, un autre projet s'est fait jour. « Les chantiers d'art vivant », centre de recherche sur le théâtre d'aujourd'hui et de formation pour les artistes professionnels serait intéressé pour y créer une fondation. La société des auteurs et l'ADAMI, qui gère les droits des artistes interprètes, seraient même prêts à suivre.
« Je dois les rencontrer prochainement » conclut Catherine Dasté, inquiète de devoir se résigner à vendre à un privé.
Peut-être pense-t-elle à cette phrase de Michel Piccoli : « Copeau est un maître vivant pour nous tous. « Pernand », sa maison est un lieu, un haut lieu qui doit rester vivant. »
Xavier COURNAULT