Article paru dans le journal "Le Bien Public".

24.03.2003
En prélude à la vente des Vins de Nuits-Saint-Georges

Tastevinage de printemps : Une grande sévérité



A la veille de la vente des vins de Nuits-Saint-Georges, seuls 28,4 % des 830 échantillons proposés de vins rouges de Bourgogne ont été tastevinés. Bien des jurés-dégustateurs faisaient part de leur déception.

 

 

 

 

 

Beaune accueille ce week-end les Rencontres européennes de l'étiquette et du vin, premières du nom. André Cordier, un amateur du genre, autrement dit un oeœnographiliste, nous fait partager sa passion.

A la veille de la vente des vins de Nuits-Saint-Georges, seuls 28,4 % des 830 échantillons proposés de vins rouges de Bourgogne ont été tastevinés. Bien des jurés-dégustateurs faisaient part de leur déception.


Le tastevinage de printemps était consacré samedi, uniquement aux vins rouges de Bourgogne. Il s'agit d'un test grandeur nature, tant par le nombre des jurés que par le nombre des vins proposés par la profession. Il faut dire que l'enjeu est de taille puisque les vins retenus porteront l'étiquette reconnaissable aux armes de la confrérie et signaleront ainsi aux consommateurs, les bouteilles les plus aptes à les satisfaire.
Quelque 250 jurés-dégustateurs ont ainsi testé, au château du Clos Vougeot, 830 échantillons proposés par 208 producteurs de vins de Bourgogne.
Trois millésimes étaient soumis à dégustation : 2001, 2000 et 1999. Les villages étaient les plus nombreux (435), suivis des bourgognes et Hautes Côtes (233), des premiers crus (144) et des grands crus (18).
Sévères mais justes !
A la sortie de cette matinée, bien des jurés-dégustateurs faisaient part de leur déception. Le résultat global en témoigne. Sur les 830 échantillons, 236 ont été admis. Cela fait 28,4 % seulement. C'est le pourcentage le plus bas historiquement. Sur le millésime 2001, le taux de réussite est de 31,4 % et sur 2000 il tombe à 27,5 %.
La sélection a été plus ou moins sélective, selon la provenance des échantillons. Ceux qui s'en sortent le mieux sont des côtes de nuits (42 %), les côtes chalonnaises (27,4 %), suivies des côtes de beaune (26 %) et des bourgognes génériques (21 %) ;
Parmi les villages, Savigny-lès-Beaune était le plus représenté, avec un taux de réussite de 11 sur 47. Les gevrey-chambertin étaient admis à 40 %, puis les nuits-saint-georges (33,33 %), les beaune (30 %) et les mercurey (28,22 %).
Il faut rappeler que tous ces vins ont été analysés avant dégustation et que pour assurer une plus grande transparence, un contrôle a posteriori est pratiqué sur les lieux de vente. Il ne s'agit donc pas de n'importe quel vin. Alors pourquoi une telle sévérité ? C'est que le tastevinage obéit à une règle draconienne. Il faut en effet que le juré-dégustateur estime, en son âme et conscience qu'il serait « fier de déboucher cette bouteille pour la servir à des amis ». On n'est plus seulement sur des critères techniques et professionnels. On touche ici à la magie du vin, au rêve et à la poésie qu'il doit inspirer.
Il faut remarquer enfin que dans les circonstances de la crise internationale, deux Américains et un Britannique ont participé à ces travaux et montré ainsi un certain courage salué par la confrérie qui leur a remis symboliquement, « un missile pacifique » sous forme de vin de bourgogne.
Franck BASSOLEIL